Le zen est un mystère. Dès l'instant où une pensée le touche, il disparaît. Tous les maîtres s'accordent sur ce point : la transmission se fait en dehors des Ecritures, des mots et des lettres. C'est peut-être l'expression "de mon âme à ton âme" qui exprime le mieux le fondement de la tradition du zen. Puisqu'il est insaisissable par la pensée et par les mots, ce recueil tente de l'approcher en silence, comme par surprise. Il privilégie quelques aspects de son actualisation et juxtapose anecdotes, poésies et propos des maîtres, les laissant s'éclairer les uns les autres sans que l'intellect n'intervienne et suscitant, imprévisiblement, un effet, comme les touches de couleurs des impressionnistes. Le zen nous est arrivé du Japon avec des atouts exotiques qui l'ont rendu encore plus hermétique. Comment un Occidental non averti aurait-il pu distinguer l'essence originelle de la Voie dans ce séduisant produit "made in Japan" appelé zen, qui englobait pêle-mêle la culture, les arts martiaux, l'esthétique, des caractères spécifiques à la société japonaise ainsi que des éléments plus subtils issus du culte Shintô, et qui, de surcroît, prétendait être la panacée ? Le présent recueil débarrasse tout ce fatras et restitue aux fragments leur pureté, leur brutalité originelles.
Janine Coursin Libros


Le Shôdôka (Chant de l'Éveil) du maître Ch'an Yôka Daishi, disciple du sixième patriarche Hui-neng, est le deuxième grand poème zen rédigé en Chine après le Shinjinmei . Il compte parmi les plus beaux fleurons de cette littérature entièrement vouée à la réalisation de l'être. Chanté, il est entré dans le répertoire traditionnel de la musique de cérémonie zen.Ces soixante-dix-huit poèmes sont ici commentés par l'un des plus grands maîtres du japon du XXe siècle : Kôdô Sawaki (1880-1965). Avant d'introduire la pratique du zen en Europe, Taisen Deshimaru (1917-1982) fut durant trente ans le disciple de ce maître incomparable qu'était Kôdô Sawaki. Ordonné moine par lui, il deviendra son successeur dans la transmission de l'enseignement de Bodhidharma.La traduction du Shôdôka commentée par Kôdô Sawaki a cette saveur abrupte, incomparable, du zen vécu et réalisé, transmis sans fioritures ni détours dans la plus pure tradition de cette voie d'éveil.